Sur une grille minuscule de 3 par 3, deux cerveaux affûtés s’affrontent… et finissent, la plupart du temps, par se neutraliser. Prendre le centre dès le départ, c’est ouvrir la porte à la victoire ou, à défaut, à l’impasse. Ce léger ascendant du premier joueur n’a rien d’un mythe : les mathématiques l’ont démontré.Mais que se passe-t-il quand le terrain s’agrandit ? Passez à 4×4, et tout l’équilibre bascule. Certaines variantes, parfois anciennes, réclament cinq symboles alignés. De quoi bouleverser les stratégies connues. Le morpion, finalement, n’a jamais cessé d’évoluer, même si la plupart des joueurs en ignorent les multiples versions.
Le morpion : un jeu universel aux origines surprenantes
Le morpion, ou tic-tac-toe selon la géographie, s’est forgé une place à part dans la galaxie des jeux de société. Sa simplicité radicale explique en partie l’engouement qu’il suscite : génération après génération, il s’invite sur les bancs d’école, s’improvise sur les carnets ou s’affiche sur les réseaux sociaux. Le principe ? Deux adversaires, aucune zone d’ombre, tout se joue à découvert. Sur la grille de 3×3, chacun pose tour à tour un X ou un O. Le premier à aligner trois symboles, horizontalement, verticalement ou en diagonale, remporte la partie. Sinon, c’est un match nul, sans triomphateur.
L’histoire du morpion remonte à l’Antiquité. Les archéologues ont mis au jour le Terni Lapilli, ancêtre gravé dans la pierre, déjà pratiqué au temps des Romains. Au fil des siècles, le jeu s’est transformé. Certains, comme Puissance 4 ou Hex, s’inspirent du même défi d’alignement, tout en ajoutant de nouvelles contraintes ou de nouveaux plateaux. Si le morpion a traversé les époques, c’est sans doute parce qu’il propose des duels brefs, parfaits pour mesurer la logique de l’autre et s’ajuster instantanément.
Ce jeu n’a pas laissé indifférents les mathématiciens. Pour eux, le morpion est un laboratoire de la stratégie pure, du calcul optimal. La notion de « jeu parfait » a mené à la formalisation du morpion généralisé, baptisé M(n,k) : une grille de n cases de côté, avec pour objectif d’aligner k symboles. Cette abstraction ouvre la porte à des variantes musclées, comme le Gomoku (alignement de cinq symboles sur un plateau 19×19) ou le Renju, discipline à part entière avec ses tournois internationaux.
Quelles sont les règles du morpion et ses variantes les plus populaires ?
Ce qui séduit dans le morpion, c’est la clarté de sa mécanique. La grille 3×3 met deux joueurs face à face : chacun, à son tour, place son X ou son O sur une case vide. Le défi ? Aligner trois symboles identiques dans n’importe quelle direction. Les parties sont rapides, chaque choix peut sceller l’issue de la manche, victoire en un éclair, ou bien grille saturée sans vainqueur.
Derrière cette façade limpide, les déclinaisons abondent. Le morpion généralisé, noté M(n,k), propose une grille de n cases de côté et le but d’en aligner k. Le format classique, c’est M(3,3). En Asie, le Gomoku règne en maître : deux adversaires, une immense grille de 19×19, l’alignement de cinq pierres comme graal. Pour rendre le jeu plus équilibré, le Renju impose des règles supplémentaires et a même donné naissance à sa propre fédération.
D’autres variantes mettent à l’épreuve la réflexion des joueurs. On croise notamment le morpion mental (joué sans support), le morpion 3D (avec des grilles superposées), ou encore des versions sur plateaux étendus, comme le 4×4 ou 5×5. Le Darpion, cousin du Gomoku, module ses règles selon la taille du terrain. À chaque fois, tout se joue sur la logique d’alignement, ce moteur du genre.
Les erreurs fréquentes qui coûtent la victoire
Face à un adversaire attentif, une seule hésitation dans le placement peut renverser la partie. Certaines fautes classiques reviennent souvent, même chez les habitués. Exemple typique : ouvrir la partie sur un bord au lieu de viser le centre ou un coin. Ce choix restreint d’emblée les possibilités d’alignement et donne un avantage direct à l’opposant.
Sous-estimer la défense est tout aussi risqué. Laisser une paire de symboles alignés sans réaction, c’est offrir la victoire toute crue à l’adversaire. Il faut surveiller chaque mouvement et bloquer systématiquement toute tentative d’alignement, qu’elle soit horizontale, verticale ou diagonale. Ce réflexe doit devenir un automatisme.
La gestion des fourchettes marque souvent la différence entre novice et joueur expérimenté. Une fourchette, c’est deux menaces d’alignement en même temps. Si on ne l’anticipe pas, impossible de tout contrer en un seul tour. Ne pas voir venir ces situations, ou ne pas les éviter, revient à signer sa propre défaite, même après un bon début.
Voici les erreurs qui coûtent cher à ce jeu :
- Placer son symbole sur un bord plutôt qu’au centre ou dans un coin
- Négliger une double menace (fourchette)
- Se concentrer uniquement sur l’attaque et oublier la défense
Si le premier joueur part avec un léger ascendant, une mauvaise décision suffit à transformer une victoire envisageable en simple match nul. Celui qui commence en second doit accepter de défendre, garder la tête froide et éviter toute précipitation offensive.
Stratégies imparables pour gagner au morpion, même face aux joueurs les plus coriaces
Adopter la stratégie du coin place le premier joueur en position de force. Poser son symbole d’emblée dans un coin multiplie les scénarios gagnants et rend possible la fameuse fourchette : deux solutions de victoire s’offrent alors, impossible à tout bloquer d’un seul coup.
La stratégie centrale mérite aussi l’attention. Occuper le centre dès le départ, c’est contrôler trois directions d’alignement. Pour répondre à une telle ouverture, jouer dans un coin réduit déjà les marges de manœuvre de l’adversaire.
Pour mieux comprendre les principaux choix stratégiques, voici ce que chaque option implique :
- Commencer par un coin : augmente les chances de créer une double menace et multiplie les chemins vers la victoire.
- Prendre le centre au premier tour : domination du jeu, mais le coup suivant de l’opposant peut changer la dynamique.
Démarrer sur un bord, en revanche, affaiblit l’attaque et laisse le champ libre à la défense adverse. Sur des variantes à grande grille comme le gomoku, chaque coup pèse lourd : le nombre de possibilités explose, et la moindre hésitation peut tout faire basculer. Pourtant, une règle subsiste : occuper les points névralgiques, anticiper les ripostes et garder l’œil ouvert sur le prochain alignement à construire.
Le morpion, sous des dehors anodins, continue d’attiser la rivalité. Derrière quelques traits sur une feuille, il y a toujours ce petit frisson de la logique pure, ce duel où la victoire se gagne, coup après coup, jusqu’à la dernière case.


